La police teste l’ADN de tous les hommes d’un lycée

Collecte et analyse d'ADN par la police scientifiqueLe lycée Fénelon de La Rochelle fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours. Chose rarissime : des prélèvements d’ADN vont être effectués pendant sur 527 hommes et jeunes hommes pendant ces trois jours. Ces prélèvements seront effectués dans le but d’identifier par l’ADN l’auteur du viol commis sur une lycéenne de 16 ans au mois de septembre 2013.

La victime n’ayant pu voir son agresseur, le procureur de la République de la Rochelle a ordonné la comparaison des traces d’ADN laissées sur les vêtements de la victime par l’auteur du crime avec l’ADN d’une liste de plus de 500 personnes. La liste a été établie par le commissariat de la Rochelle avec la coopération de la Direction de l’établissement scolaire.

L’ampleur de cette campagne de tests ADN ainsi que l’âge des personnes testées suscitent de nombreux commentaires. Figurent sur la liste les 52 hommes membres du corps enseignant ou administratif ainsi que 475 élèves masculins présents le jour du viol dans l’établissement. Ils ont été priés jeudi dernier de bien vouloir se présenter dès lundi pour le prélèvement de leur ADN munis de leur carte d’identité et d’un formulaire de consentement pour le test ADN pour les mineurs.

Lettre-du-procureur-et-directeur-lycee-pour-test-ADNLa directrice de l’établissement a expliqué par courrier que les prélèvements seraient des prélèvements buccaux, effectués par des policiers en civil dans le cadre de l’établissement, organisé une réunion d’information des familles et la mise en place d’une cellule de soutien psychologique. Le courrier, co-signé par le Procureur de la République expliquait le cadre légal et les conséquences d’un refus de se soumettre au test en ces termes: “Cette décision est une décision judiciaire, afin de répondre aux besoins d’une enquête policière, les personnes qui refuseraient de s’y soumettre seront convoquées au commissariat, leur refus étant susceptible de faire peser sur elles des soupçons, pouvant aller jusqu’à justifier une garde à vue.”

Malgré tout, des voix s’élèvent pour soulever le manque de temps alloué aux familles, pour préparer leurs enfants. D’autres soulèvent que cette démarche serait illégale le test ADN n’est pas obligatoire à moins d’être placé en garde à vue. Que les enfants gardés à vue seront stigmatisés par une inscription au fichier Stic (Système de traitement des infractions constatées). Comme si le crime ne justifiait pas une opération d’une telle ampleur. Cette massive campagne de tests ADN aurait-il été plus acceptable si le crime était un meurtre plutôt qu’un viol ?

Ne devrions-nous pas être davantage choqués d’apprendre qu’un viol puisse avoir lieu dans l’enceinte même d’un établissement scolaire ? Au sein de cette sacro-sainte école dont la mission est d’aider les enfants à grandir et prendre confiance en eux. Que la vie de cette jeune fille de 16 ans soit ainsi irrémédiablement marquée par une agression dont la portée est trop souvent banalisée.

Si l’agresseur avait laissé ses empreintes dans une mare de sang, une vaste campagne de collecte d’empreintes digitales aurait-elle suscité une telle émotion ?

Il est de nos jours complètement acceptable que la police scientifique effectue des relevés d’empreintes digitales au même titre que les traces de pieds ou de pneus sur les scènes de crime. Dans la mesure où cela aide au fonctionnement de la police et à l’identification des coupables ou le rétablissement de la vérité. Les empreintes relevées sur les lieux du crime sont ensuite comparées à celles de suspects, proches des victimes ou ayant pu être à proximité des lieux au moment du crime. Lorsque les empreintes digitales mettent des proches ou des passants hors de cause, personne ne se pose la question de savoir comment sont fichés ces dossiers, si l’information est conservée.

Les formulaire de consentement que les personnes testées devront impérativement apporter signés indiquent que les résultats des 527 tests ADN seront connus dans un mois, que les échantillons ADN des hommes dont les profils ne correspondent pas avec l’ADN du violeur seront détruits après les opérations et ils ne seront pas enregistrés dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG).

On ne peut que se réjouir de voir l’état mettre tout en œuvre pour rendre justice à cette jeune lycéenne, mais aussi déplorer la lenteur de notre système. La lumière sera faite sur cette affaire d’ici un mois. Nous comprendrons peut-être pourquoi il aura fallu sept mois pour lancer cette recherche d’identification par l’ADN et pour que les parents soient informés de la présence d’un violeur dans ou autour de l’établissement, alors que le viol est un crime à fort taux de récidive? Sans entraver le fonctionnement de l’enquête, ni le secret de l’instruction, nous apprendrons quelles mesures auront-elles été prises pour protéger les autres élèves pendant ces sept derniers mois?

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