Les nouveaux tests ADN alimentaires

Test ADN alimentaire

Mise à jour: 18/03/2019

Comment est apparu le besoin de tests ADN alimentaires? Que peuvent-ils nous apprendre?

Horsegate : l’Europe réalise l’ampleur du problème

Vous souvenez vous du scandale des lasagnes et des boulettes qui ne contenaient pas que du bœuf, mais du cheval ou du porc ? Cela fait déjà deux ans, une succession de scandales révélés à quelques jours d’intervalle avait jeté le doute sur notre système européen de traçabilité de la viande :

  • Janvier 2013 : des steaks hachés certifiés 100% bœuf irlandais contiennent de la viande de cheval.
  • Février 2013 : on apprend que des carcasses britanniques de chevaux contaminées par un médicament interdit avaient été importées en France en 2012.
  • Ensuite, en Février 2013 : Williams Saurin annonce avoir trouvé de la viande de cheval dans ses raviolis Panzani.
  • Le coup de grâce toujours en Février 2013 : Findus annonce avoir trouvé de la viande de cheval dans ses lasagnes commercialisées au Royaume-Uni et en France et retire du marchés ses lasagnes et hachis parmentier.

D’où est parti le scandale?

D’après le Figaro, l’alerte a été donnée par Comigel, un sous-traitant de Findus, qui faisait produire ses lasagnes par sa filiale Luxembourgeoise Tavola à partir de pains de viande surgelées vendues par Spanghero. La viande de Spanghero provenait d’abattoirs roumains produisant à la fois du bœuf et du cheval. L’affaire prend une toute autre ampleur lorsque l’agence française anti-fraudes (la DGCCRF) annonce que la société Spanghero aurait faussement étiqueté 750 tonnes de viande de cheval en «Viande bœuf origine UE» et qu’il est annoncé que Tavola fournissait également 28 gros distributeurs européens dans 13 pays européens tels que Picard, Carrefour, Auchan, Monoprix, etc… La viande incriminée avait suivi un circuit commercial complexe, achetée en Roumanie par un intermédiaire cypriote, Draap Trading ltd, par l’intermédiaire d’une boite postale belge et stockée aux Pays-Bas. Cheval se dit « Paard » en néerlandais, l’inverse de « Draap »… La viande mal étiquetée avait été revendue en France, mais aussi au Royaume Uni et en Belgique provoquant un vent de suspicion sur toute la filière des plats surgelés.

La réponse de l’Union Européenne

L’Union européenne lance alors un plan de contrôle de présence de viande de cheval en substitution de viande de bœuf. En France 353 contrôles ont été effectués par les services du ministère de l’économie et des finances et du ministère de l’agriculture sur des plats cuisinés à partir de viande de bœuf, les résultats sont publiés ici. Les analyses ADN ont montré que 30 échantillons sur 200 contenaient de la viande de cheval.

Où en sont les contrôles sanitaires aujourd’hui ?

Le grossiste néerlandais a été condamné, ainsi que la société Spanghero. Les moyens de la brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) ont été renforcés depuis 2013, ils ont pour rôle de lutter contre la délinquance organisée et les fraudes sur l’étiquetage. Les industriels sont plus vigilants et ont modifié leurs pratiques et pratiquent régulièrement des tests ADN sur leurs plats en cours de production.

D’après le Ministère de l’agriculture, la crise n’était pas liée à un problème sanitaire : « Le consommateur a été trompé mais la santé publique n’a pas été remise en question. Cette crise, due à une fraude économique, n’a pas remis en question le bon fonctionnement du système de contrôle sanitaire français et européen, bien au contraire. En effet, le bon niveau du système de traçabilité a permis de remonter en quelques heures la chaîne jusqu’aux animaux ayant servi à fournir la viande. »

En matière de transparence sur l’origine des viandes, un règlement d’exécution (UE) n°1337/2013 concernant l’étiquetage de l’origine des viandes a été adopté (Publié le 14 décembre 2013). Il concerne l’indication du pays d’origine ou du lieu de provenance des viandes fraîches, réfrigérées et congelées. Il s’applique à compter du 1er avril 2015 pour les animaux des espèces porcine, ovine, caprine et les volailles.

Qu’en est-il de la confiance des consommateurs?

La perte de confiance s’est traduite par une chute spectaculaire de l’activité sur le marché des plats cuisinés avec de la viande de boeuf. Au moment du scandale 39 % des acheteurs ont déclaré leur intention de ne plus jamais acheter de plats cuisinés surgelés à base de bœuf. A fin janvier 2014, les ventes de ces plats avaient perdu 19,2 % en volume dans les supers et hypermarchés.

Pour enrayer cette tendance à la baisse et regagner la confiance des clients, les distributeurs sont devenus plus exigeants envers leurs sous-traitants fournisseurs de plats cuisinés. Ils doivent notamment fournir les informations de traçabilité liées à la viande (fournisseur, numéro d’agrément de l’abattoir, etc.). Puis ils ont mis en place des tests ADN systématiques sur les produits finis, le plus souvent en libératoire. Ils annoncent également privilégier les viandes d’origine française.

Un test pour que le consommateur vérifie lui-même sa nourriture à faible coût (50 centimes suisses)

De nouvelles technologies comme le code-barres ADN permettent de réaliser des analyses plus rapides et moins coûteuses, mais ne sont pas accessibles aux particuliers.

Julie Conti, du journal suisse Le Temps a interviewé Gianpaolo Rando, de l’Université de Genève. Gianpaolo Rando travaille sur un test destiné aux particuliers, au sein de la société SwissDeCode, une spin-off de l’université de Genève. Il voudrait rassembler une centaine de points d’analyses sur une bandelette de papier absorbant (un peu comme un test de grossesse). Les bandelettes sont imprégnées d’encres différentes qui réagissent au contact d’un ADN précis.  Ensuite, le résultat s’affiche sur dans une fenêtre au niveau de chaque capteur. Les résultats seraient lisibles à l’aide d’un smartphone en une minute au lieu de 20 minutes. L’Université fait actuellement breveter le processus pour récolter des fonds et ensuite travailler sur les prototypes.

Le test ne constitue pas une analyse complète de génome mais pourra détecter certaines séquences d’ADN spécifiques à un animal, un végétal, un allergène, une bactérie ou des résidus médicamenteux. On imagine le soulagement pour les personnes fortement allergiques qui hésiteraient moins à aller déjeuner à l’extérieur. Un morceau de fruit de mer dans un plat serait détecté en un prélèvement. «L’ADN est extrêmement contaminant», explique Gianpaolo Rando. «Il se répand partout dans la nourriture. Mais pour être sûr, le consommateur peut piocher de la nourriture à deux ou trois endroits différents de l’assiette.»

Concrètement, comment cela marche?

Le test ne nécessitera pas d’équipement particulier et peut être réalisé discrètement au restaurant avec une bandelette et un smartphone. Le résultat est présenté dans la fenêtre de test sous la forme d’une grille comprenant une multitude de points. Pour vérifier les résultats, certains capteurs seront présents à différents endroits de la grille. Il suffira de lire la grille avec son smartphone pour connaitre le contenu de son assiette: viande, arachides, fruits de mer. Il pourra également détecter certaines bactéries qui pourraient nous rendre malade, des OGM, du gluten ou des produits d’origine animale.

Il faudra encore attendre 2 ans pour développer les produits et pour les tester avoir le test à disposition. «Pour les personnes allergiques, les conséquences peuvent être importantes, estime Gianpaolo Rando. Nous devrons nous assurer que les résultats sont fiables à 100%». L’idée est que le test soit abordable, pour un coût avoisinant les 50 centimes de francs suisses. Le chercheur aimerait également coupler ses tests à une application permettant aux consommateurs de signaler les restaurants ou les commerces fraudeurs.

D’autres tests déjà disponibles pour les consommateurs

Au moment où la confiance dans l’industrie alimentaire est au plus bas, des sociétés apportent d’ores et déjà une solution aux consommateurs de plus en plus exigeants sur le contenu de leurs assiettes: régimes bio, végétariens, religieux, sans gluten, sans allergènes.

Le nouveau marché est prometteur, il faut signaler que des tests analogues ont déjà été mis en vente au grand public en 2014. Ainsi le HalalTest détectait la présence de viande de porc ou d’alcool en cinq à dix minutes. Il était fabriqué par l’entreprise française Capital Biotech, pour un prix d’achat entre 5-7€ pièce. Nous pensons que ce test n’est plus disponible en 2019, nous ne retrouvons plus la trace de Capital Biotech. La startup avait également l’ambition de lancer des tests d’allergènes comme les œufs, le soja ou les amandes, sous la marque Food Confirm.

Un nouveau test destiné aux professionnels de l’agroalimentaire

test ADN contenu dans la mitochondrieLe laboratoire Eurofins Scientific a lancé le 10 juin 2015 une nouvelle méthode d’analyse au moyen de puces visant l’ADN mitochondrial. La puce permet de détecter simultanément la présence de 21 espèces animales. Elle pourrait être utilisée aussi bien pour tester des aliments complexes ou transformés de l’alimentation humaine, ainsi que pour les aliments destinés au bétail et aux animaux de compagnie.

Le test a été développé pour satisfaire aux besoins des industriels de l’agroalimentaire. Il permet de vérifier que la composition du produit est non seulement conforme à la réglementation. Mais également que sa composition correspond à l’étiquetage du produit (par exemple lasagnes à la viande de boeuf). On peut ainsi assurer l’absence d’espèces indésirables dans les produits (telles que la viande de ruminants dans la nourriture animale).

La technologie a été développée dans le l’unité d’analyse biologique moléculaire du laboratoire principal à Nantes. Elle a reçu les accréditations complètes. Ils expliquent: Au moyen de cibles d’ADN mitochondrial, la technologie à puces permet la détection précise et fiable à de faibles seuils (0,1 %). Et ce, sous des délais rapides (5 jours ouvrés à partir de la réception d’un échantillon).

Grâce à l’addition de ce produit à leur gamme, le laboratoire est maintenant capable d’effectuer un test à la fois qualitatif (la PCR permet de détecter l’ADN spécifique d’une espèce). Mais aussi un test semi-quantitatif (pour déterminer les quantités de cette espèce contenues dans le produit).

L’ADN de la bière

L'ADN de la bièreSignalons ensuite un projet plus amusant «Beer decoded», qui a cartographié l’ADN de 1000 bières. On retrouve le chercheur suisse Gianpaolo Rando «L’ADN de la bière provient des céréales, du houblon, des arômes, de la levure et des microbes qui se trouvaient dans ses composants.

En analysant ces données, on peut donc répertorier les différentes sortes de brassage et faire des rapprochements. Sachant, par exemple, que vous appréciez la Calvinus blonde, vous pourrez sans crainte essayer la belge Het Kapittel, qui partage les mêmes caractéristiques génétiques. »

Leur idée est d’aider les consommateurs à choisir/découvrir de nouvelles bières au moyen d’une application gratuite pour smartphones. Idéalement, «Beer decoded» voudrait la mettre à disposition des festivaliers de l’Oktoberfest, en septembre 2015.

Un nouveau test ADN pour tracer l’origine de viandes bovines et porcines

test ADN traçabilité viandeAux Etats-Unis, le 15 mars 2019, le laboratoire de test ADN Identigen a annoncé le lancement de leur test “DNA Traceback”. Le test a été développé en partenariat avec Tyson Foods le géant de l’agro-alimentaire américain.  Tyson Foods est le premier exportateur de bœuf américain.

Leur test ADN permet de prouver de manière scientifique l’origine des découpes de viandes bovines, en réponse à un demande croissante de traçabilité de la part des consommateurs et des distributeurs.

La viande commercialisée sous la marque Open Prairie doit respecter un strict cahier des charges. Les animaux proviennent exclusivement de ranches ou d’exploitations rurales n’utilisant pas d’antibiotiques ou d’hormones.

“Grâce à DNA traceBack, nous apportons la preuve scientifique à nos clients de détail et de restauration qu’ils ont une viande bovine de haute qualité, naturelle, venant d’animaux élevés selon nos promesses.” d’après Kent Harrison, vice president Marketing chez Tyson Fresh Meats

Pour en savoir plus:

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